La Compagnie Affable

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Vernon Subutex de Virginie Despentes : Xavier pète un câble au Monoprix

Falling Down Chute Libre Michael Douglas film

Michael Douglas dans Falling Down (Chute Libre). 

« Au bout de cinq minutes chez Monoprix, Xavier a envie de tout péter. » C’est sur cette phrase que Virginie Despentes ouvre le chapitre 4 de son Vernon Subutex n°1. On y découvre le personnage de Xavier, scénariste rock-n-roll qui galère pour joindre les deux bouts, et qui est visiblement très remonté contre l’évolution générale de la société…

XAVIER : Le Monoprix de mon quartier est géré par des demeurés. C’est systématique : ils attendent que le magasin soit plein pour demander aux employés de remplir les rayons. Ils s’organisent pour être sûrs que ça gêne au maximum le passage des chariots. Ils pourraient faire ça le matin, quand c’est fermé, ils pourraient faire ça pendant les heures creuses. Non, ils préfèrent l’heure de pointe : tu me mettras trois palettes en travers des rayons, il faut que ces connards de consommateurs peinent pour faire leurs courses.

Tous ces putains de packagings régressifs, ça m’agresse. Imaginez qu’il y a des mecs dans des bureaux qui ont passé des semaines entières à discuter quelles couleurs utiliser pour un pot de cornichons… toute cette intelligence, entièrement fourvoyée. Marie-Ange m’a cassé les couilles pour que j’aille faire les courses – et que tu m’aides jamais, et que je me fade tout le boulot, et pourquoi c’est toujours moi qui devrait, etc. Toujours le même baratin, merde. La liste de courses qu’elle a envoyée sur mon téléphone est tellement détaillée qu’elle a dû y passer plus de temps que si elle avait fait les courses toute seule. C’est pas Dieu possible qu’elle s’intéresse autant à la marque du pain de mie… Me voilà, comme un con, à chercher les yaourts à zéro pour cent sans aspartame, parce que madame fait attention à sa ligne, mais l’aspartame la fait péter comme une usine à gaz.

J’ai envie de décrocher un formidable coup de pied dans le cul de la grosse Arabe voilée qui se pavane devant moi. Est-ce qu’on pourrait, par pitié, faire deux cents mètres dans la rue sans avoir à supporter leur voile, leur main de Fatima au rétroviseur ou l’agressivité de leurs rejetons ? Sale race, m’étonne pas qu’on leur en veuille ! Moi, je suis là à faire les courses au lieu de bosser parce que ma femme ne veut pas qu’on la prenne pour une bonniche, et pendant ce temps, ces sales feignasses de crouilles, traînent dehors, peinards, à rien foutre, entre chômeurs grassement entretenus par les allocations, ils passent la journée au café pendant que leurs meufs triment. Non contentes de s’occuper de tout dans la maison sans jamais se plaindre, et d’aller bosser pour les entretenir, elles ressentent encore le besoin de porter le voile pour afficher leur soumission. C’est la guerre psychologique, ça : c’est fait pour que le mâle français sente comme il est dévalué.

C’est d’autant plus déprimant qu’elles ont le choix, les rebeuses. Dans les années 80 et 90 on les a vues s’emparer de tous les postes, et réussir – même si en général on voyait bien qu’elles cherchaient surtout un mari riche, elles sont pas folles. Mais elles bossaient, et elles réussissaient plutôt mieux qu’une autre. Elles ont fait marche arrière. Elles ont préféré se retirer du marché du travail et mettre le voile, pour être sûres de ne pas humilier leurs frères. Ah, c’est pas ma meuf à moi qui s’arrêterait de bosser pour me rassurer sur ma virilité… Merde. Remarque, on serait pas dans la merde si elle faisait un truc pareil…

[…] Maintenant, j’aimerais être venu avec mon bazooka. La grosse blonde en short avec ses cuisses immondes qui se sape comme si elle était bonnasse alors que c’est une vache, une balle dans la tête. Le petit couple façon Kooples tendance catho d’ultra-droite, elle avec ses lunettes rétro et ses cheveux tirés en arrière et lui avec sa gueule de beau-gosse et son oreillette qui téléphone dans les rayons pendant qu’ils choisissent uniquement des produits super chers, tous les deux en imper beige pour bien montrer qu’ils sont de droite : une balle dans la bouche. Le thunard obèse qui mate le cul des filles en choisissant sa viande hallal : une balle dans la tempe. La youpine emperruquée avec ses nibards dégueulasses qui lui ont poussé juste au-dessus du nombril, je déteste les meufs qui ont les seins au milieu du ventre : une balle dans le genou. Tirer dans le tas, regarder les survivants déguerpir comme des rats et se planquer sous les rayons, toute cette racaille de merde rassemblée là pour s’empiffrer, avec leur petites propensions à mentir, resquiller, tricher, passer devant, se faire mousser. Faire sauter tout ça.

Mais je suis papa, je suis un homme marié, alors je ferme ma gueule… Je remplis mon caddie, et j’en bave de rage… Et encore en rentrant il va falloir ranger tout ça, sinon Marie-Ange fera la gueule… Et une journée de plus sans écrire…

Extrait de Vernon Subutex Tome 1 de Virginie Despentes (le texte original a été adapté à la première personne pour en faire un monologue théâtral). N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien : Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes

Voir aussi notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir)

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