La Compagnie Affable

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Le discours de John Kerry contre la Guerre du Vietnam

John Kerry young VVAW speech

John Kerry devant le Comité des Affaires Etrangères du Sénat en 1971.

On peut dire ce qu’on veut sur la plateforme Netflix, elle offre tout de même quelques programmes de grande qualité, à l’instar du Vietnam de Ken Burns et Lynn Novick. Ce documentaire-fleuve retracent en dix épisodes l’histoire d’un des conflits les plus célèbres et les plus méconnus du siècle passé. À travers des témoignages, des images et des enregistrements d’archives remarquables (notamment les échanges téléphoniques entre les Présidents des États-Unis et leurs divers conseillers…), les réalisateurs déroulent sans manichéisme le fil des événements, depuis les premières incursions françaises en Indochine au milieu du XIXème, jusqu’au retrait des Etats-Unis en 1973, en passant par les luttes fratricides qui  déchirèrent le Nord et le Sud…

Dans le 9ème épisode (intitulé ‘A Disrespectful Loyalty’), j’ai découvert le rôle déterminant de certains soldats américains dans le désengagement définitif de l’Oncle Sam. À partir de 1967, une fraction des anciens soldats s’est en effet regroupée, afin de pousser le gouvernement à renvoyer les boys à la maison. Et c’est un certain John Kerry, qui devient, le 22 avril 1971, le visage et la voix des Vétérans du Vietnam Contre la Guerre (VVAW), en prononçant un discours mémorable devant le Comité des Affaires Étrangères du Sénat. Voici un extrait final du texte en anglais, suivi d’une traduction en français.

JOHN KERRY : We could come back to this country, and we could be quiet. We could hold our silence. We could not tell what went on in Vietnam. But we feel because of what threatens this country we have to speak out. Millions of men who have been taught to deal and to trade in violence and who were given a chance to die for the biggest nothing in history. Men who have returned with a sense of anger, and a sense of betrayal which no one has yet grasped. We rationalized destroying villages in order to save them. We saw America lose her sense of morality as she accepted very cooly a mere lie, and chose to give up the image of American soldiers that hand out chocolate bars and chewing gum. We learned the meaning of ‘free fire zones’, ‘shoot everything that moves’, and we watched while America placed a cheapness on the lives of Orientals. We watched the United States’ falsification of body counts, in fact the glorification of body counts. We watched while men charged up hills because a general said that hill has to be taken. And after one platoon or two platoons, they marched away to leave the hill for the reoccupation of North Vietnamese. And we are asking Americans to think about that. Because how do you ask a man to be the last man to die in Vietnam? How do you ask a man to be the last man to die for a mistake?

And so, in thirty years from now, our brothers go down the street without a leg, without an arm, or a face, and small boys ask ‘why?’, we will be able to say ‘Vietnam’. And not mean a filthy obscene memory, but mean instead the place where America finally turned, and where soldiers like us helped in the turning.

JOHN KERRY : Nous pourrions revenir chez nous, et nous pourrions nous taire. Nous pourrions garder le silence. Nous pourrions ne pas raconter ce qui s’est passé au Vietnam. Des millions d’hommes à qui l’on a appris la violence, et à qui l’on a offert une chance de mourir pour la cause la plus vide de toute l’histoire. Des hommes qui sont revenus avec un sentiment de colère, et un sentiment de trahison que personne n’a encore saisi. Nous avons rationalisé le fait de détruire des villages entiers afin de les sauver. Nous avons vu l’Amérique perdre sa conscience morale en acceptant calmement de croire un mensonge pur et simple, en effaçant le souvenir de ces soldats américains qui distribuaient aux populations civiles des chewing-gums et des barres de chocolat. Nous avons appris le sens des expressions « zones de tir libre » et « tirez sur tout ce qui bouge », et nous avons vu l’Amérique décider que la vie des Orientaux ne valait rien. Nous avons vu les Etats-Unis falsifier le compte des morts, et même, glorifié le compte des morts. Nous avons vu des hommes prendre une colline d’assaut parce qu’un général avait décidé qu’il fallait prendre cette colline. Et après une ou deux sections perdues, nous avons vu ces hommes abandonner la colline, pour laisser les Nord-Vietnamiens la réoccuper. Et nous demandons aux Américains de réfléchir à tout cela. Car, comment peut-on demander à un homme d’être le dernier homme à mourir au Vietnam ? Comment peut-on demander à un homme d’être le dernier homme à mourir pour une erreur ?

Alors, dans trente ans, quand nos frères se promèneront dans la rue avec une jambe en moins, un bras, ou un visage en moins, et que des enfants demanderont « pourquoi ? », nous pourrons leur répondre : « le Vietnam ». Et par là, nous n’évoquerons pas un souvenir immonde et obscène, mais plutôt un endroit où l’Amérique a finalement décidé de faire marche arrière, et, où, des soldats comme nous, l’ont aidé à faire ce demi-tour.

Extrait final du discours de John Kerry prononcé le 22 avril 1971 devant le Comité des Affaires Étrangères du Sénat américain, diffusé dans le documentaire Vietnam de Ken Burns et Lynn Novick (disponible sur Netflix). Traduction française maison. 

Voir aussi notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir)

 

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Cette entrée a été publiée le 24 juillet 2018 par dans Audition / Casting, Documentaires, Monologue, Théâtre, et est taguée , , , , , .
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