La Compagnie Affable

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Le Banquet d’Auteuil ou le dîner aux Chandelles…

Le Banquet d'Auteuil Jean-Marie Besset Théâtre 14J’aurais dû me méfier en remarquant que l’affiche du Banquet d’Auteuil de Jean-Marie Besset mis en scène au Théâtre 14 ressemblait étrangement à celle de l’Inconnu du lac… Après un échange insipide entre un Molière âgé et malade et son colocataire alcoolique Chapelle, un petit éphèbe cul nu en tunique jaune poussin vient taquiner le dramaturge : « vous promettez d’arrêter de me gronder ? » Il lui fait écrire un sauf-conduit. « Oh ! J’ai fait un pâté ! », s’exclame M. Poquelin. « Vous n’avez qu’à lécher… » glousse le marjolet, avant de gambader « prendre un bain dans la rivière ». La suite n’est pas plus glorieuse. Les convives sont de véritables caricatures de marquis idiots comme on les joue souvent dans le Misanthrope, qui multiplient les calembours graveleux en cognant bien les mots importants : « vous le VÎTES » (pour celui-là, il faut encore maîtriser le lexique de l’époque), « il m’a formé et m’a DÉ-FORMÉ aussi », ricane le valet de Dassoucy… Puis, l’apparition poétique du spectre de Bergerac dégénère en « barrière de culs » (c’est ainsi que je nomme les fantaisies collectives que de jeunes garçons organisent contre la vitre-arrière d’un bus) sur la table. Personnellement, on m’a toujours dit de ne jamais tourner le bas-du-dos au public. La suite ? Je ne l’ai pas vue car je me suis éclipsé devant toutes ces lunes. Soyons clairs, la nudité, le sexe et la paillardise mises en scène ne me dérangent pas lorsque l’auteur les assume; en revanche, je tique un peu quand un discours pseudo-intellectuel les accompagne. Je cite là l’argument de Jean-Marie Besset : « dans la tradition littéraire du banquet tel qu’il est inventé par les classiques gréco-latins (de Platon à Pétrone en passant par Xénophon, Plutarque, Lucien, Epicure…), c’est-à-dire une assemblée d’hommes savants qui discourent, en dînant, d’éthique et d’esthétique… » Il est vrai que dans son Banquet, Platon parle de l’amour de tous les beaux corps et légitime la pédérastie (au sens originel du terme, c’est-à-dire, la formation intellectuelle et physique de jeunes hommes), mais celle-ci, dit-il, doit conduire à l’amour du Beau en soi. Or, le gros Dassoucy et le vieux Molière sont encore bien libidineux à mon goût et la dialectique semble faire défaut à ce souper libertin prétendant préparer les Lumières… Au lieu de prendre place à un Banquet néo-platonicien (« j’ai la foi », note le metteur en scène Régis de Martrin-Donos), les spectateurs sont invités à un dîner aux Chandelles.

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Cette entrée a été publiée le 13 mars 2015 par dans Théâtre, et est taguée , , , .
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