La Compagnie Affable

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#Motdujour : suif

Boule de Suif Christian-JaqueSuif : graisse fondue d’animaux herbivores (mouton, bœuf…) dont on se servait pour faire des chandelles, des onguents, des pommades, des savons ou des produits de graissage.

Boule de suif est le surnom de la célèbre héroïne du conte éponyme de Maupassant, une prostituée très grasse :

La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif.

Malgré sa générosité, la pauvre fille de joie, est victime de la mesquinerie de ses compatriotes, qui la jetteront en pâture à un officier prussien comme un vulgaire morceau de chair. J’en profite pour partager avec vous un extrait qui décrit l’attitude qui prévaut généralement en période d’occupation :

Au bout de quelques temps, une fois la première terreur disparue, un calme nouveau s’établit. Dans beaucoup de familles, l’officier prussien mangeait à table. Il était parfois bien élevé, et, par politesse, plaignait la France, disait sa répugnance en prenant part à cette guerre. On lui était reconnaissant de ce sentiment ; puis on pouvait, un jour ou l’autre, avoir besoin de sa protection. En le ménageant on obtiendrait peut-être quelques hommes de moins à nourrir. Et pourquoi blesser quelqu’un dont on dépend tout à fait ? Agir ainsi serait moins de la bravoure que de la témérité.

Quelle tragique ironie de penser que certains Juifs déportés en Allemagne ont été transformés en savon par les nazis… Néanmoins, ce passage me rappelle le récit que Michel Audiard fait de la guerre dans son roman autobiographique La nuit, le jour et toutes les autres nuits. Il y raconte avec simplicité les réflexes de survie qui s’installent pendant l’Occupation et fait une peinture glaçante des tristes héros du Comité d’Épuration qui massacrèrent une prostituée à coups de pavés. Son crime ? Avoir couché avec un Allemand… (Âmes sensibles, s’abstenir !) :

Édentée, disloquée, le corps bleu, éclaté par endroits, le regard vitrifié dans une expression de cheval fou, Myrette s’offrait aux mouches, abandonnée sur les sacs de sable d’une barricade, au carrefour Gaîté, à deux pas de l’hôtel. On a su les détails petit à petit durant la semaine, par des témoins encore bien frémissants, un certain « colonel » Palikar entre autres, chef du joyeux commando, un ancien d’Espagne. Sans s’annoncer ni rien, selon la mode du temps, ils avaient enfoncé la porte n°12 et surpris Myrette accroupie dans son tub, en pleines ablutions. D’après les gens, on l’entendait hurler de la rue tandis qu’ils lui cassaient les dents. Elle était sûrement déjà très abîmée quand l’équipe lui était passée hiérarchiquement sur le ventre, colonel Palikar en premier. Théâtre de joutes viriles, la chambre 12 inspira sans doute aussi d’autres jeux : Myrette fut certainement très martyrisée puisqu’elle avait les bras et les jambes brisés lorsqu’ils la tirèrent par les cheveux sur la petite place et l’attachèrent au tronc d’un acacia. C’est là qu’ils la tuèrent. Oh ! sans méchanceté, plutôt, voyez-vous, à la rigolade, comme on dégringole les boîtes de conserve à la foire, à ceci près : au lieu des boules de son, ils balançaient des pavés.

Version réelle ultra-violente de Boule de suif deux guerres franco-allemandes plus tard… Voici une petite vidéo dans laquelle Michel Audiard parle de son livre :

https://player.ina.fr/player/embed/I04195040/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/560/315/1

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Cette entrée a été publiée le 7 novembre 2015 par dans Littérature, et est taguée , , , , , .
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