La Compagnie Affable

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Dialogue du jour : Le Cave se rebiffe

Le Cave se rebiffe Jean Gabin Bernard Blier

Charles Lepicard (Bernard Blier), un petit malfrat sans envergure, vient proposer un dernier coup au Dabe (Jean Gabin), une pointure du faux-monnayage qui a pris sa retraite sous les tropiques.  Cet échange du Cave se rebiffe est signé Michel Audiard :

– Et pourtant, je pouvais croire que j’avais tous les atouts en main. Léon-le-Stéphanois, qu’était un vrai Rubens, m’avait gravé un « cent florins » plus beau que le vrai. J’avais trouvé le papier en Italie et les encres en Suisse. La bécane, je m’étais mouillé de sept briques, je l’avais fait venir de chez Cotenburgh à Leipzig, et encore, pour plus de sécurité, je l’avais fait transiter en pièces détachées, moitié par l’Italie, moitié par le Portugal. Tu peux pas savoir.

– Ah, dis donc !

– Attends, attends, c’est pas tout. En huit heures au chrono, les deux millions de florins étaient tombés, la bécane démontée, la gravure détruite et tout le papelard brûlé. Tout, tout, tout !

– Ben alors, qu’est-ce ce qu’a pas marché ?

– Et ben devine…

– Ton client qui t’a pas casqué.

– Non.

– T’as eu des ennuis avec les perdreaux ?

– Non.

– Ben… J’vois pas.

– Le 17 juin 1945… Ça te dit rien à toi, le 17 juin 1945 ?… Et bien le 17 juin 1945, la banque royale des Pays-Bas a annoncé que la coupure de cent florins était démonétisée et retirée de la circulation, bloquée en banque. Un vanne de Madame la Reine Wilhelmine. Ah ! Je m’en rappellerai de celle-là !… A cause d’elle, je me suis farci un feu de cheminée de quinze cents millions.

– Ils avaient le droit de faire ça ?

– Pauvre con ! Le droit !… Mais dis-toi bien qu’en matière de monnaie les Etats ont tous les droits et les particuliers aucun.

– Entre nous, Dabe, une supposition, je dis bien une supposition, que j’aie un graveur, du papier, et que j’imprime pour un milliard de biffetons. En admettant… c’est toujours une supposition, hein… En admettant qu’on soit cinq sur l’affaire, ça rapporterait, net, combien à chacun ?

– Vingt ans de placard. Les bénéfices ça se divise, la réclusion, ça s’additionne.


Le Cave se rebiffe, 1961, réalisé par Gilles Grangier. Dialogues de Michel Audiard.

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Cette entrée a été publiée le 26 décembre 2014 par dans Cinéma / Séries, et est taguée , , , , .
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