La Compagnie Affable

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Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

Premier film réalisé par Michel AudiardFaut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages regorge – comme une oie qu’on gave – de petites phrases admirables. Le film s’ouvre sur le galbe lumineux de Rita (Marlène Jobert), qui nous fait de cupides confidences :

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages Audiard Marlène Jobert

Vous autres, j’sais pas c’que vous aimez, les œufs au plat, Teilhard de Chardin ou le rythm and blues, moi c’est les sous. J’pense qu’à ça. À ça, et aux hommes; aux hommes qu’ont des sous.

Puis, Fred l’Élégant (André Pousse) vante son matériel d’espionnage high tech lui servant à retrouver Rita, qui vient de le trahir pour quelques lingots :

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages Audiard André Pousse

Bordez un peu le matériel. Bouclée dans Paris la Rita, bouclée dans la nasse, condamnée à mort. Kafkaïen. Coûteux, mais kafkaïen.

Et Charles le Téméraire (Bernard Blier) qui pleure devant le magot qu’il a volé :

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages Audiard Bernard Blier

J’suis trop heureux, j’ai même plus envie de sortir, j’sors plus, je mate ! Oh… ! Oh oh oh… ! C’est beau comme une crèche !

Ça c’était pour poser le décor, la réplique la plus drôle est sûrement celle que Léontine (Françoise Rosay), la tante de Rita, lâche quand elle découvre une tribu de hippies installée dans sa maison de repos :

faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages hippies françoise rosay

Quels sont ces androgynes hallucinogènes ?

(« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? », n’en pensent sûrement pas moins les chevelus) Et son bon Ruffin (Paul Frankeur) de répondre :

Notez qu’ils sont pas méchants : ils se coiffent avec des fleurs, ils mangent du buvard…

La critique des décadentes seventies continuent devant un objet d’art contemporain informe qui a remplacé ses tableaux de Bouguereau et ses bronzes de Barbedienne. La Tantine, pas prête « à se faire caver à 75 piges dans des singeries byzantines », demande ce que c’est, l’hôtelier a oublié, et la nièce répond du tac au tac : « c’est un couple qui fait l’amour dans un parc en écoutant le Royal Garden Blue« … Et quand la vieille assomme un truand avec une de ses sculptures chéries, elle s’exclame :

Barbedienne, c’est du solide !

Autres temps, autres mœurs. Les méthodes des malfrats ont changé et Charles le Téméraire annonce Ali le Chimique : « Je récapitule dans le calme : on la passe à l’acide, on la découpe au laser, on la dissout et on balance ce qu’il reste dans le lac Daumesnil. » Même constat du côté de l’équipe de Léontine. Son domestique (Robert Dalban) et Ruffin se paient un dernier commentaire technophobe dans le genre Modern Times alors qu’ils brûlent les morceaux des gangsters dézingués dans un four crématoire : « La machine est vraiment devenue la vie de l’homme. » Immédiatement suivi d’une saillie : « A ton avis, y’en a pour combien de temps ? – Oh, deux bonnes heures pour saisir et cinq heures à feu doux. » C’est ça le génie d’Audiard, le cynisme gai. Dernière repartie culinaire :

Tu vas te foutre une cirrhose avec ton Viandox !

Et encore cet échange délicieux entre deux sbires de Charles, qui maugrée devant eux avec envolée :

CHARLES : Le Roi s’endort, on dessoude le Dauphin. Jolies manières. Mais attention, hein, j’ai bon caractère, mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier ! L’Aigle va fondre sur la Vieille Buse !

SBIRE 1, au SBIRE 2: C’est chouette comme métaphore, non ?

SBIRE 2 : C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.

SBIRE 1 : Oh, fais pas chier.

SBIRE 2 : Ça, c’est une métaphore.

Pour conclure, comme dit Rita, qui cite sa tante, qui cite Audiard :

Promouvoir l’imagination sans tomber dans le mauvais genre, faut du doigté !

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