La Compagnie Affable

La Compagnie Affable partage les grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

Sylvy Ferrus ouvre un cours de théâtre à Paris 

Sylvy FerrusNous avions découvert le superbe travail de mise en scène de Sylvy Ferrus dans Orphans, qui est de retour au Festival d’Avignon cet été.  Aujourd’hui, nous l’avons rencontrée pour parler du cours de théâtre qu’elle ouvre en septembre à Paris.

La Compagnie Affable : Sylvy, quand on s’est rencontré pour parler de ta mise en scène d’Orphans, tu nous avais raconté ton parcours fait de cinéma et de théâtre. Est-ce que tu peux nous dire ce qui t’a donné envie d’enseigner l’art dramatique ?

Sylvy Ferrus : J’ai l’envie d’enseigner l’art dramatique depuis des années mais je voulais d’abord m’affirmer en tant que comédienne, afin de me sentir plus légitime auprès de ceux qui veulent apprendre ce métier. Je le faisais un peu en aidant des amis à travailler des scènes, et j’aimais ça. J’aime aider un comédien à se rapprocher du personnage qu’il veut interpréter. C’est un travail que l’on fait à deux : il y a l’envie du comédien, sa demande d’aide pour parvenir à comprendre et incarner un personnage, et ce que je sais du rôle, de l’auteur, et ce que je découvre du comédien qui ne demande qu’à « sortir » et qui sera au service du personnage. Ce travail à deux est passionnant.

Et puis le travail que j’ai effectué avec Vincent Simon, Etienne Ménard et Bastien Ughetto lors de la mise en scène d’Orphans m’a en quelques sortes confortée dans mon désir de transmettre. J’ai adoré travailler avec eux.

Certaines connaissances me disaient leur envie de travailler avec moi, alors quand il y a quelques semaines, un ami m’a demandé : « Alors, t’en es où avec ton cours ? », je me suis rendu compte que j’étais prête et qu’il n’y avait plus qu’à passer à l’acte !

LCA : Quels sont les objectifs et le contenu de ce cours ?

SF : Mon objectif est d’amener les comédiens, débutants ou plus confirmés, à l’autonomie dans leur travail.

J’ai pu observer sur les plateaux de cinéma lorsque j’étais maquilleuse ou comédienne que bien souvent, les réalisateurs ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent, ou qu’ils ne savent pas toujours diriger. Bien sûr certains le font très bien, mais ce n’est pas systématique. Cela arrive aussi au théâtre. Il est important de savoir lire une pièce, un scénario en se posant les bonnes questions : qui est cette femme, cet homme que je vais devoir jouer ? Comment voit-il le monde ? Quel est son tempérament ? Comment va-t-il traverser ce qui lui arrive et comment puis-je comprendre tout cela et l’incarner ? (Bon, on ne fait pas tout cela d’un coup… Pas de panique !)

La technique est là pour nous aider à nous faire comprendre au théâtre : respirer, articuler, placer et  projeter sa voix, redonner au public le sens des mots grâce aux ré-accentuations, etc… Pour arriver à être fidèle à l’auteur et efficace pour le public, comme le rappelait mon professeur de théâtre Jean-Laurent Cochet.

LCA : Justement, quel type de textes tu prévois de faire travailler à tes élèves ?

SF : Les oeuvres classiques, contemporaines, des poèmes, les envies personnelles des élèves…

LCA : Tu prévois de faire travailler tes élèves sur des scènes de film ?

SF : Bien sûr, il y a des scènes de cinéma fantastiques à travailler, mais le travail est différent de celui demandé pour le théâtre, dans la mesure où au cinéma, on a vu une version du personnage jouée par un acteur en particulier. Le chemin est déjà tracé en quelque sorte. Bien sûr, on peut décider de l’interpréter « à sa manière », mais ce toujours en comparaison avec l’autre acteur, donc je me demande dans quelle mesure on peut avoir un esprit « vierge » face à ce personnage.

Au théâtre, tout est écrit et décrit dans la pièce. On doit chercher la vérité du rôle en fonction de cela. Le seul support, c’est le texte, comme lorsqu’on aborde n’importe quel rôle au cinéma. Il y a une foule d’indications à creuser : la façon dont l’auteur fait parler le personnage, ce que les autres personnages disent de lui, la manière dont la pièce se termine (très important !)… Il faut s’imaginer ce que le personnage pense d’après ce qu’on lit.

LCA : L’apprentissage passe forcément par le classique ?

SF : Pour moi, oui. Si on commence par le théâtre classique, c’est parce que les situations à jouer y sont très fortes, très claires, très simples – ce qui ne veut pas dire qu’elles sont faciles à jouer pour autant !

Le classique permet également d’apprendre à se faire comprendre ; lorsqu’on parle en alexandrins, qu’ il y a des inversions et des tournures de phrases qui, même à la lecture, nous font parfois dire : « mais qu’est-ce qu’il raconte ? De qui parle-t-il ?! », c’est là que la technique est indispensable.

Il y a une gymnastique de l’esprit qui deviendra naturelle chez l’acteur qui travaille des scènes classiques, et qui lui permettra de tout interpréter plus tard.

LCA : Et le contemporain ?

SF : Entre Guitry, Feydeau, Roussin, Anouilh, Dubillard, De Vos, Valletti, Ribes, Tennessee Williams, Lyle Kessler… il y a tellement de styles, d’esprits, et de personnages différents à découvrir ! (cf. ci-dessous, le sketch « Pour Bobby » de Serge Valleti interprété par Sylyy)

LCA : Tu vas donner une liste de scènes à travailler en début d’année ?

SF : Oui, une fois que je connaîtrai un peu les élèves, je leur donnerai une liste en fonction de leur personnalité et de leurs envies aussi.

LCA : Tu peux nous donner quelques exemples de scènes de travail ?

SF : Alors, dans le désordre ! : Pour les filles, je pense à Elvire dans Dom Juan (acte IV , scène VI), à Eryphile ou Clytemnestre dans Iphigénie, à Lucrèce Borgia, à la Médée de Jean Anouilh, aux scènes d’exposition des Femmes savantes, au Jeu de l’amour et du hasard, aux femmes de Guitry (Une Lettre bien tapée, Une Paire de gifles, par exemple), Dorine-Mariane dans le Tartuffe, la première scène de Phèdre

Pour les garçons, il y a des grands classiques comme le « Bon appétit » de Ruy Blas, la tirade des « non merci ! » de Cyrano, le monologue du Jardinier d’Electre (Giraudoux), le personnage du soldat mort dans Une fille pour du vent (André Obey), la première scène du Misanthrope, et puis les hommes de Guitry …

Et pour les scènes mixtes, il y a Valère – Mariane (Le Tartuffe), Henriette – Trissotin (Les Femmes savantes), Don Alphonse – Lucrèce, Marianne – Octave (Les caprices de Marianne), certaines scènes chez Ribes, Jimmy – Laura (La Ménagerie de verre)…

Tout cela en fonction des envies et besoins de chacun, bien sûr !

LCA : Quelques scènes de ciné quand même ?

SF : Oui. Il y a des très bonnes scènes chez Blier, Lelouch, Costa-Gavras, ou Tarantino ! Je pense à la scène du saloon avec Christopher Waltz dans Django, par exemple. On peut même regarder dans les séries américaines ! Il faut voir Marie Gyllenhaal dans Honorable Woman, ou Peter Dinklage dans Game of Thrones…

LCA : Qu’est-ce que tu as vu au théâtre récemment qui t’a inspirée ?

SF : Dans Fleur de Cactus, j’ai trouvé que Catherine Frot jouait tout en finesse, elle est au service de son personnage,  elle prend le public pour des gens intelligents. Et le professeur Rollin, hou là là !

LCA : Un dernier mot pour décrire la philosophie de ton cours ?

SF : Ma philosophie c’est que je suis là pour eux et que j’aime bien rigoler !

Nous remercions Sylvy Ferrus pour cet entretien. Le Cours Sylvy Ferrus ouvrira ses portes en septembre 2017. Les cours auront lieu tous les vendredis soirs de 18h à 21h à l’espace Saint-Roch. Retrouvez le Cours Sylvy Ferrus sur Facebook. Pour plus d’informations, vous pouvez aussi contacter Sylvy  à sylvy.f@hotmail.fr

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Cette entrée a été publiée le 20 juin 2017 par dans Théâtre, et est taguée , , , , , .
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