La Compagnie Affable

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Orphans de Lyle Kessler à l’Essaïon Théâtre : rencontre avec l’équipe

Orphans Lyle Kessler Etienne Ménard Bastien Ughetto Vincent SimonAujourd’hui, nous rencontrons l’équipe d’Orphans, une pièce de l’américain Lyle Kessler qui se joue en ce moment à l’Essaïon Théâtre. A la mise en scène, on retrouve Sylvy Ferrus (vue dans Les Caprices de Marianne au Vingtième Théâtre) et, sur le plateau, Bastien Ughetto, Vincent Simon et Etienne Ménard (vu dans Le Paquebot Tenacity).

Bonjour à tous, est-ce que vous pouvez nous raconter comment vous êtes tombés dans le théâtre ?

Sylvy Ferrus : C’est d’abord le cinéma qui m’a attirée. Vers l’âge de 11 ans, l’envie de jouer a commencé à se faire sentir. J’étais fascinée par le jeu des acteurs à la télévision, je ne regardais plus les personnages, mais la manière dont les acteurs jouaient. A 20 ans, je suis montée à Paris pour faire une formation de maquillage artistique chez Christian Chauveau. Le but était de travailler sur les plateaux de cinéma car je sentais que c’était ma place, et je pouvais ainsi continuer mon apprentissage du jeu. Le jeu du cinéma n’a rien à voir avec celui du théâtre ; il faut être prêt à jouer d’une minute à l’autre, parler un bout de scotch qui fait office de partenaire, tourner dans un ordre qui n’est pas celui de l’histoire, refaire des prises… en revanche, l’approche du personnage est la même. J’ai observé cela pendant une dizaine d’années, et à 30 j’ai osé prendre mes premiers cours de théâtre ! Cela a eu lieu au conservatoire de Levallois-Perret pendant 3 ans, puis aux Ateliers de l’Ouest et enfin, j’ai intégré le cours de Jean-Laurent  Cochet. J’y ai travaillé le plus de rôles possibles (féminins et masculins) pendant 3 ans ! Tout ce que j’avais compris sur le jeu depuis des années était en accord avec son enseignement, c’était bouleversant ! Il m’a appris la pensée du personnage, son tempérament, sa compréhension humaine, intellectuelle, émotionnelle, relativement à la pièce, l’auteur, l’époque, le genre, ainsi qu’à être fidèle à un auteur, et efficace pour le public ! C’est ce que j’ai essayé de faire avec Orphans.

Vincent Simon : Quand j’étais petit, j’habitais un petit village en Alsace, où le foot était l’activité principale pour les gamins de mon âge. Je ne connaissais pas le théâtre. Mais je regardais des films américains à la télévision qui me touchaient très profondément : E.T, Rocky, même Rambo… Je voyais le cinéma comme quelque chose de très lointain, et, au fond de moi, je savais que j’avais très envie de jouer la comédie. J’ai voulu essayer en école d’ingénieur, mais j’étais encore trop timide. Et puis, une fois que j’ai commencé à travailler et que j’ai eu un peu d’argent, je me suis fait violence et j’ai tenté l’expérience. J’ai eu une vraie révélation au cours Cochet. Au début, je ne passais jamais. J’écoutais sa manière très simple d’enseigner le théâtre, et de pousser l’élève à toujours partir de soi. Et un jour, je me suis lancé. M. Cochet m’a dit des choses qu’on ne m’avait jamais dites et que si je travaillais à fond, je pourrais faire le métier. C’est comme ce que dit Harold à mon personnage dans la pièce :

Tous les hommes ont besoin d’être encouragés un jour ou l’autre.

Effectivement, ça m’a donné confiance et j’ai pu jouer dans On ne badine pas avec l’amour avec d’autres élèves du cours, puis, dans Eurydice d’Anouilh au Théâtre 14. Aujourd’hui, je vois le théâtre comme une manière de s’ouvrir et d’être dans le moment présent.

Etienne Ménard : Je viens d’une famille qui faisait du théâtre. Ma mère, mes frères et sœurs en faisaient… Mais, pour ma part, ça ne m’avait jamais intéressé, je crois que je faisais même un rejet… Jusqu’au jour où, vers l’âge de 33 ans, on m’a proposé un rôle de figurant révolutionnaire dans une production des Misérables en province. J’ai adoré l’ambiance des coulisses, la rencontre avec des gens passionnants et j’ai découvert une forme d’exutoire. Je suis allé chez Jean-Laurent Cochet parce que j’avais entendu parler de sa connaissance du théâtre. C’est un passeur qui porte en lui les témoignages d’un siècle de théâtre. Au sein du cours, j’ai rencontré du monde et on m’a proposé des projets comme Le Paquebot Tenacity ou Fric-Frac. Je fais aussi du cinéma, ça me plaît énormément mais je considère que le théâtre, c’est la base du métier.

Au théâtre, tu prends la vie dans la gueule !

Bastien Ughetto : J’ai toujours aimé monter des spectacles. Enfant, j’organisai des parodies de la famille avec les cousins cousines et en faisait payer l’entrée aux parents et grand parents. En grandissant j’ai commencé à faire du théâtre à l’école dès que l’occasion se présentait. J’ai également commencé très tôt à regarder beaucoup de films. C’est par le cinéma que j’ai vraiment commencé à travailler en tant qu’acteur, j’ai d’ailleurs fait une école de cinéma, l’EICAR. J’écris et réalise beaucoup, j’ai eu pendant 2 ans un collectif « Le film du Dimanche » avec lequel nous réalisions un court métrage pour chaque dimanche, ça a depuis évolué vers des projets plus professionnels sous le nom de « Les Parasites » (dont on peut voir les vidéos sur Youtube). Le théâtre cela faisait depuis ma sortie d’école il y a 4 ans que je n’ai pas eu la chance d’en faire, j’ai donc été très heureux quand Vincent m’a proposé une rencontre pour le rôle de Phillip qui m’a de suite parlé en lisant le texte la première fois. C’est maintenant un plaisir d’être sur scène avec de si bons partenaires et une metteuse en scène aussi proche de nous.

Comment est né le projet ?

Vincent Simon : Je cherchais des pièces américaines et je suis tombé sur la cérémonie des Tony Awards – les Molières américains – présenté par Neil Patrick Harris. Tom Sturridge était nominé pour son interprétation dans une pièce appelée Orphans, où il jouait aux côtés d’Alec Baldwin et Ben Foster. J’ai lu la pièce et je l’ai adorée. J’y ai trouvé des valeurs humaines que je partage. En plus, c’est une pièce qui n’avait jamais été jouée en France, malgré un succès international. Alors, je l’ai traduite en français et j’ai organisé des lectures avec des comédiens. Etienne, que je connaissais du cours Cochet, correspondait tout à fait au personnage d’Harold, et j’ai eu la chance de rencontrer Bastien en casting pour jouer Phillip. Sylvy a apporté une vraie sensibilité féminine dans cette pièce d’hommes, ainsi que son savoir-faire et ses connaissances issues du cinéma. Elle nous a permis de travailler avec un cascadeur (Cyrille Hertel), une costumière (Cécile Carrot-Guiot)  et deux décoratrices de ciné (Zsofia Rozgonyi et Marine Fronty).

– En parlant de cinéma, Sylvy, quel est ton réalisateur préféré ?

Sylvy Ferrus : Katell Quillévéré et son film bouleversant Suzanne (entre autres). Je rêve de tourner avec elle. Ses films sont très humains. A l’image d’Orphans, on y trouve la pureté de sentiments, assez complexes. Les personnages se battent avec ce qu’ils sont, même s’ils sont encombrés avec eux-mêmes, ils essaient de vivre au mieux et, parfois même, de réaliser leurs rêves. J’ai, comme beaucoup, une admiration pour Tarantino ! Dans un autre genre Alexandre Astier, pour son humour intelligent tout en étant parfaitement dans son époque.

– Et au théâtre ?

Sylvy Ferrus : Hervé Devolder pour son magnifique travail sur Les fiancés de Loches !

– Et vous, Messieurs, quels sont les comédiens qui vous inspirent ?

Etienne Ménard : James Thiérrée (le petit-fils de Chaplin). Il est danseur et musicien en plus d’être comédien. Ses spectacles t’emportent dans un autre monde, c’est grandiose. J’admire aussi Denis Lavant. C’est un grand comédien, un monstre de technique, un bosseur invétéré, complètement imprégné de ses personnages. Et c’est quelqu’un qui ne cherche absolument pas la notoriété. Isabelle Adjani, pour l’entièreté avec laquelle elle incarne ses personnages. Et Gary Oldman. J’adorerais avoir son parcours. Il a joué beaucoup de tordus, de pourris, de salauds. Et petit à petit, ses rôles ont gagné en intériorité, sa palette s’est élargie.

Bastien Ughetto : Question vaste ! Il y en a beaucoup, je crois que c’est surtout une question de rôle, ces dernières années je suis resté bloqué sur Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes.

Vincent Simon : Celui qui me vient de suite est Stallone. Il y a un mélange de force et de bonté dans les personnages qu’il incarne. Révolte puissante, d’un côté, sensibilité et amour, de l’autre. Je suis également très touché par  le regretté Heath Ledger (notamment dans Brokeback Mountain et The Dark Knight), Jared Leto (dans Dollar Buyers Club) et l’immense Patrick Dewaere. Ils dégagent tous une très belle vulnérabilité, associée à une sublime folie.

– Votre film préféré ?

Vincent Simon : Rocky bien entendu, et Un Prophète de Jacques Audiard.

Sylvy Ferrus : Django Unchained de Quentin Tarentino. Je n’ai jamais vu un film aussi génial, des personnages aussi puissants… Christopher Waltz y est fascinant. Et aussi La Mélodie du bonheur, parce que je l’ai vu 36 fois !

Etienne Ménard : Irréversible de Gaspar Noé, pour le culot, le concept, l’investissement des 3 comédiens principaux, et ces scènes ultra violentes qui dérangent parce qu’elles durent… Et pour faire le grand écart, je vais dire aussi Les Enfants du Paradis de Marcel Carné.

Orphans Lyle KesslerBastien Ughetto : Encore une question impossible pour moi, mais là, comme ça, je dirais Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. C’est sûrement parce que je me suis réveillé sur Le Bolero de Ravel ce matin !

– Le mot de la fin ?

Bastien Ughetto : Folie.

Sylvy Ferrus : Amour.

Etienne Ménard : Passion.

Vincent Simon : Comme dit Kery James : « Le combat continue ! »

Merci à Sylvy Ferrus, Etienne Ménard, Vincent Simon et Bastien Ughetto pour cet entretien. Orphans de Lyle Kessler jouera à l’Essaïon Théâtre jusqu’au 19 décembre, les jeudis, vendredis et samedis à 21h30. Pour réserver, c’est par ici ! (Pour plus d’infos, vous pouvez aussi suivre l’équipe sur Facebook)

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Cette entrée a été publiée le 14 octobre 2015 par dans Théâtre, et est taguée , , , , , , , .
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