La Compagnie Affable

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Andromaque de Racine : monologue d’Hermione

Andromaque Comédie Française Muriel Mayette Léonie Simaga Erif Ruf Hermione

Léonie Simaga (Hermione) et Eric Ruf (Pyrrhus) dans la mise en scène de Muriel Mayette à la Comédie Française (2014)

Voici un monologue pour femme bien classique, extrait de la tragédie Andromaque de Racine. En quelques mots, Hermione aime Pyrrhus et doit l’épouser. Mais celui-ci brûle pour sa captive, la reine Andromaque. Quand Pyrrhus annonce finalement son mariage avec Andromaque, Hermione devient folle de jalousie. Elle demande alors à Oreste d’assassiner Pyrrhus. Dans cette scène, Hermione est partagée entre l’impatience de sa vengeance et le remords de son amour… 

Acte V, scène 1. 

HERMIONE, seule.
Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?
Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.
Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ?
Le cruel ! De quel oeil il m’a congédiée !
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée.
L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?
Et je le plains encore ! Et, pour comble d’ennui,
Mon coeur, mon lâche coeur s’intéresse pour lui
Je tremble au seul penser du coup qui le menace,
Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce.
Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :
Qu’il périsse ! Aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe et se rit de ma rage
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;
Il croit que, toujours faible et d’un coeur incertain,
Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées.
Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées.
Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas
Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l’ingrat ! Cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.
Qu’il meure, puisqu’enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir.
A le vouloir ? Hé quoi ! C’est donc moi qui l’ordonne ?
Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois
Avec tant de plaisir redire les exploits,
A qui même en secret je m’étais destinée
Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’Etats,
Que pour venir si loin préparer son trépas,
L’assassiner, le perdre ? Ah ! Devant qu’il expire…

Andromaque, Racine, Acte V, scène 1. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien : Andromaque de Racine

Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

 

 

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