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Festival d’Avignon OFF 2018 : Rencontre avec Narcisse, du cosmique spectacle « TOI TU TE TAIS » !

Narcisse Toi Tu Te Tais festival avignon off 2018 la lunaAprès « Cliquez sur J’aime », l’artiste multimédia Narcisse revient au Festival d’Avignon OFF avec « Toi Tu Te Tais », un nouveau spectacle qui allie brillamment textes, musiques et vidéos ! 

Si ne vous savez pas encore où réserver, précipitez-vous à la Luna, pour aller voir-écouter l’opus cosmique de ce musicien-slameur-et-poète-numérique ! Narcisse y mélange images et messages malicieux dans un maelström de sons de l’espace, de figures de style susurrées avec un léger accent suisse, et de visions sur écrans plasma !

Mais, attention, l’Helvète a les pieds sur terre ! S’il tord dans tous les sens la langue de Molière, c’est afin d’en extraire un peu de sens. Pour nous amener à réaliser que le verbe originel peut vite se vider de sa substance. Censure, manipulation, slogans, rhétorique, politiquement correct… autant d’obstacles  aux idées, aux intuitions personnelles innombrables, qui se cachent derrière les mots comme la forêt derrière l’arbre, ou comme les fiers épis derrière l’épouvantail… 

« Savez-vous qu’il y a plus de combinaisons de lettres dans un seul vers
Qu’il y a d’atomes dans l’univers ? »

Voilà un chiffre qui nous invite au voyage comme les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, et qui nous offre d’autres perspectives sur la prostitution, la pudibonderie, ou le patriotisme… Mais je n’en dis pas plus ! Laissons le très sympathique Narcisse nous raconter un bout de son parcours, et partager avec nous quelques-unes de ses influences poétiques…

V.M. : Bonjour Narcisse. Il m’est impossible de commencer par une autre question… Quand on est amoureux des mots comme vous, on ne les choisit pas par hasard… Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi ce pseudonyme ?

Narcisse : A vrai dire, il y a trois raisons à ce choix. J’ai commencé par travailler pendant vingt ans comme compositeur de musiques pour le cinéma et la publicité, et c’est un métier où l’on est toujours dans l’ombre. Seulement, au bout d’un moment, j’ai eu besoin de partager ma musique avec un public. C’est pour ça que j’ai cherché un pseudonyme. Etant donné que c’était un projet assez narcissique, le nom m’a paru faire l’affaire. (Rires.) Et puis, c’était aussi un hommage à mon grand-père, qui portait réellement ce prénom. Et la troisième raison, c’est que j’aime beaucoup ce personnage mythologique de Narcisse, qui souffre d’une image négative a priori, on pense qu’il est tombé amoureux de son image, mais il y a une autre manière de comprendre cette histoire. L’amour de soi n’est pas nécessairement quelque chose de négatif, c’est même très nécessaire. Et pour moi, Narcisse n’est tombé amoureux que d’un reflet, son reflet dans l’eau. Et c’est pour ça qu’il n’a pas pu concrétiser son amour pour lui-même. Je trouve ce personnage très touchant. Il me rappelle un peu Gainsbourg, qui a souvent une image de gros dégueulasse, alors que sa sensibilité apparaît dès qu’on lit entre les lignes. D’ailleurs, à ce sujet, je crois qu’il a dit quelque part : « La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle ne disparaît pas avec le temps. »

V.M. : Ce qui est étonnant dans votre spectacle, c’est l’imbrication de toutes ces formes d’expression, et l’on se demande quel a pu être votre parcours avant d’arriver à un tel résultat…

N. : Ca a été un long parcours en zigzags. J’ai commencé mon projet artistique en solo assez tard, et j’ai connu plusieurs domaines avant : j’ai commencé par des études de Lettres, ensuite j’ai travaillé dans l’informatique, puis je suis devenu musicien… En fait, j’ai toujours été intéressé par plein de choses ! Par le monde, et par les gens, surtout. On dit souvent : « la curiosité est un vilain défaut », et ça m’agace, parce que je trouve que c’est peut-être la plus grande qualité humaine. Avec la paresse. La paresse aussi est vue comme un péché capital, alors qu’elle a permis de créer tout un tas de machines pour se simplifier la vie ! Et toutes ces inventions fantastiques n’auraient sans doute pas vu le jour sans la paresse et la curiosité. Enfin, voilà pourquoi j’ai été très content de trouver une formule qui rassemblait des modalités d’expression différentes : le texte, la musique et l’image. L’imbrication des trois médias se fait de manière complémentaire, elle permet de créer des objets qui ne fonctionneraient pas autrement. 

Narcisse Toi tu te tais

V.M. : Est-ce que les différentes langues de votre pays natal sont aussi des outils d’expression qui complètent votre palette poétique ? 

N. : Les langues étrangères offrent toujours des moyens d’expression supplémentaires, c’est certain, mais dans mon cas, je ne parle qu’un peu l’allemand et un peu l’anglais. Je ne saurais pas écrire autrement qu’en français. J’ai vécu dans le Canton du Jura, où la culture est tout à fait francophone : on avait la télévision française, j’ai grandi avec Dorothée, Casimir… (Rires.) J’ai les mêmes références que vous. Une fois seulement, j’ai participé à un spectacle de slam bilingue, avec l’Américain Marc Smith, qui est l’inventeur du slam, mais il s’occupait de la partie en anglais, et, moi, je me contentais de ma partie en français !

V.M. : Justement, est-ce que vous pouvez nous définir ce qu’est le slam ? Parce que certains disent que, contrairement au rap, c’est de la poésie parlée sans musique, mais dans votre spectacle, vous slammez sur une instrumentale…

N. : C’est vrai qu’au sens strict, le slam se pratique sans musique, sans costumes, sans décor…C’est ce que disent les slameurs français. Mais un jour, je vois Marc Smith sur scène en train de slammer sur de la musique, il se met à jouer avec des objets, avec le public… Alors, à la fin de la réprésentation, je vais le voir et je lui dis : « Mais, Marc… What the fuck?! Je croyais qu’on n’avait pas le droit… » Et il m’a répondu : « Attends, je n’ai jamais dit que c’était des interdits absolus. J’ai posé quelques règles pour que la performance réside avant tout dans les mots, mais ce ne sont pas des règles intangibles. » Et quand j’ai compris cela, ça m’a fait énormément de bien. Je me suis dit : « après tout, on fait bien ce qu’on veut ! »

V.M. : Et comment vous vous êtes mis au slam ?

N. : Alors, là, c’est simple : parce que je sais pas chanter ! (Rires.) En fait, j’ai essayé la chanson pendant deux ans, et je n’étais pas satisfait par mes capacités vocales. Alors, j’ai cherché une autre forme d’expression moins chantée. Je ne voulais pas faire du rap, parce que la culture hip-hop ne s’arrête pas à la chanson, c’est toute une manière de vivre, à laquelle je n’appartenais pas. Et puis, un jour, dans un stage de création de chanson, j’ai entendu une fille parler de « slam ». J’ai tout de suite été intrigué par cette forme de poésie parlée, et je me suis mis à écrire des textes, et à faire du slam à Lausanne. Il se trouve qu’à ce même moment, en 2006, Grand Corps Malade était en train d’exploser en France, et tout d’un coup, la presse a commencé à s’intéresser au phénomène. Certains ont dit : « Y’a un Grand Corps Malade en Suisse ! », ils sont venus filmer les représentations, je n’en revenais pas ! Ca m’a donné un nom en Suisse, et ça m’a permis de continuer, en Suisse et en France, où j’ai remporté le Championnat de Slam en 2013. Et maintenant je ne fais plus que ça.

V.M. : Pour terminer, si je vous demandais votre Sainte-Trinité en poésie, vos trois poètes préférés, qui est-ce que vous citeriez ?

Brassens, ça c’est sûr ! Pour cette espèce de provocation intelligente qu’on trouve dans ses textes. Exemple : « Au village sans prétention / J’ai mauvaise réputation ». On sent qu’il est fier de cette « mauvaise réputation »… Et puis Gainsbourg. Comme je disais tout à l’heure, pour cette sensibilité cachée derrière un abord un peu vulgaire et sale. J’aime beaucoup ces vers de « L’Homme à tête de chou » : « Qui et où suis-je ? Chou ici ou / Dans la blanche écume varech / Sur la plage de Malibu. » Toute la chanson est construite comme ça, sur des rimes en « ou » et « èk »… Et Verlaine. Pour la musique des mots. Le rythme bien différent de ses poèmes : « Il pleure dans mon coeur / comme il pleut sur la ville… », c’est beau, c’est simple, et c’est musical. 

V.M. : Pas un seul morceau de slam… ?

N. : Ah, si si ! J’aime beaucoup le morceau « It » de Marc Smith. C’est un poème très rythmique, qui fait comme ça : « If you need to kiss it… Kiss it ! If you need to kick it… Kick it ! » J’ai été impressionné de voir comment, en deux vers, il parvenait à emporter le public avec lui. Et je peux vous dire que j’étais hyper fier quand je l’ai fait en duo anglais/français avec lui ! (Voir la vidéo ci-dessous.)

Un grand merci à Narcisse pour ce sympathique entretien réalisé en plein Festival OFF ! L’artiste fait résonner son refrain « Toi tu te tais » tous les jours à 13h10 à la Luna. Dépêchez-vous de réserver,  on a frisé les 4 « T » chez Télérama ! Et pour suivre ses futures aventures, rendez-vous sur sa page Facebook ! 

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Cette entrée a été publiée le 19 juillet 2018 par dans Théâtre, et est taguée , , , , , , , .

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