La Compagnie Affable

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Qui jette de l’essence sur le feu ?

Gilet jaune feu masque barricade

Le mouvement initié par les Gilets Jaunes a déjà fait plusieurs morts et des dizaines de blessés. Pourtant, de nombreux commentateurs et responsables politiques ne cachent pas leur fascination pour ces événements violents. Pire, ils les appellent de leurs voeux, et ce, à l’extrême-gauche, au centre, tout comme à l’extrême-droite. 

Plutôt que d’inciter la foule au calme et à la concertation, beaucoup choisissent une rhétorique très « 1789 », instillant dans l’imaginaire collectif l’idée d’une nouvelle Révolution légitime, et bien méritée pour le Tyran : « Les ronds-points remplacent les barricades. Les barrages, les assemblées de section Sans-culotte. Merveilleux peuple de France ! », déclare Jean-Luc Mélenchon sur son blog avec un enthousiasme non-dissimulé. Marine Le Pen, elle, nous offre un sourire en forme de guillotine :

Même l’essayiste Raphaël Glucksmann, qui vient de co-fonder le mouvement Place Publique, s’y met :

Qu’importe la manière, après tout, puisque c’est « le peuple » qui se révolte ! Regardez, même les lycéens ont des envies de brûler leurs lycées ! Ah ça ira ! ça ira ! Et tout le monde applaudit à l’approche d’un Acte IV qui promet d’être « historique » !

Et pour cause, à en croire Thomas Guénolé, nous sommes encore sous l’Ancien Régime. Samedi dernier, en plein délire révolutionnaire, celui-ci faisait entrer le droit à l’insurrection dans le champ démocratique. Puis, constatant soudain que les privilèges n’ont pas été abolis dans les grands hôtels parisiens, il légitimait le règne de la Terreur :

Non seulement ce discours n’a rien de républicain, mais il est même l’apanage de groupuscules anarchistes violents, tels que le Comité Invisible, qui écrivait ses lignes en 2008 dans un manifeste au titre éloquent, L’Insurrection qui vient :

« L’incendie de novembre 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesses. […] Toute cette série de frappes nocturnes, d’attaques anonymes, de destructions sans phrases a eu le mérite d’ouvrir à son maximum la béance entre la politique et le politique. Nul ne peut honnêtement nier la charge d’évidence de cet assaut qui ne formulait aucune revendication, aucun message autre que de menace »

La menace pure et simple, sans mot d’ordre, sans étiquette, anonyme, et incontrôlable… Une stratégie que M. Guénolé a très bien comprise :

En effet, puisque personne, côté « peuple », ne peut être tenu responsable des violences, c’est le gouvernement et les forces de l’ordre qui seront les seuls fautifs. Dès lors, la menace d’un bain de sang est une aubaine pour tous les opportunistes déçus de l’élection de 2017 (à commencer par Thomas Guénolé, qui se présente aux élections européennes, malgré l’avènement du #VraiNouveauMonde et des « mouvements  sans chefs ») (PS : je compte M. Macron, et son mouvement En Marche, dans le peloton de départ). Cet éclatement de la protestation crée les conditions d’un chantage formidable : soit l’exécutif cède, pour apaiser la colère de la foule et éviter le drame (au risque de devoir répondre à de nouvelles exigences le gilet sous la gorge) ; soit il démissionne (ou se dissout) ; soit, 3ème option que M. Mélenchon fait semblant d’omettre ci-dessous, il « garde le cap », et c’est la guerre civile.

Dans tous les cas, l’opposition sort renforcée de ce chantage. Voilà pourquoi elle a tout intérêt à ce qu’un traditionnel ras-le-bol fiscal dégénère en véritables émeutes. Voilà pourquoi elle exalte l’imagerie des « sans-culottes », se cache derrière des « cahiers de doléances » pour relayer des pulsions homicides, et feint d’entendre les notes alarmantes d’un « Tous à l’Élysée ! » sous son bonnet phrygien… Voilà pourquoi tant de groupes divers se joignent à la masse informe des Gilets Jaunes, en espérant secrètement que la « convergence des luttes » amènera également la convergence des intérêts les plus bas. Là-dessus, je suis bien d’accord avec Jean-Michel Aphatie :

« Quand je n’entends pas les responsables politiques dire que le samedi qui se profile peut être une boucherie et qu’il faut que nous gardions la tête froide, je me dis que, pour le pouvoir, il y a des gens qui sont capables de tout marchander. »

Jean-Michel Aphatie, sur Europe 1, le 5 décembre 2018.

J’espère toutefois que les vrais Girondins arriveront à se faire entendre…

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Cette entrée a été publiée le 5 décembre 2018 par dans Humeur, et est taguée .

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