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Lettre de Macron aux Français : le « ruissellement » pour sauver la planète…

lettre de macron aux français

Dans sa « Lettre aux Français » du 13 janvier 2019, M. Macron montre une fois de plus qu’il n’est pas le « Champion de la Terre », mais bel et bien le héraut du mythe néolibéral de la croissance !

Loin d’offrir un plan de bataille concret face aux dérèglements climatiques, à l’hyperpollution, et à la destruction massive du vivant, son courrier nous ramène en 2009, en rejouant le débat sur l’identité nationale :

« Dans une période d’interrogations et d’incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes. »

S’ensuit un poncif sur la « Nation française », puis un second constat d’urgence : « En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires. » Or, quelles sont ces « idées claires » selon le Président  ? Primo, « il faut donner [aux entreprises] les moyens de se développer. » Secondo, « investir dans les savoirs et la recherche. » Tertio, « rebâtir une école de la confiance. » Et, enfin, le locataire de l’Élysée nous fait part de son souci écologique…

« Je pense toujours que l’épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. »

Voilà précisément le premier problème : en 2019, l’écologie ne doit pas être traitée comme une question à part, ni apparaître comme un bulletpoint verdoyant en bas d’un slide. La protection de la nature est la condition sine qua non de notre survie à moyen-terme, et, en cela, toute politique doit s’articuler autour de cet impératif.

L’écrivain Sylvain Tesson le disait : les Français sont des privilégiés climatiques. Nous avons la chance de vivre dans un pays tempéré, où l’eau est relativement abondante, et, pour l’instant, nous ne ressentons que faiblement les effets de la catastrophe environnementale en marche. Pourtant, les dangers sont là : appauvrissement des sols, disparition massive des insectes et des oiseaux (qui contribuent à la reproduction des plantes qui nous nourrissent et absorbent le CO2), sécheresses, incendies, crues, réchauffement et acidification des océans… Des phénomènes dont l’amplitude s’accroît et n’est pas près d’être endiguée : 2018 est l’année la plus chaude jamais enregistrée en Hexagone, et nos émissions de CO2 sont reparties à la hausse, suivant la tendance mondiale…

Tout ceci est le résultat d’un « modèle de développement » basé sur la théorie de la croissance, sur le mythe d’une expansion continue dans un monde aux ressources limitées et aux équilibres de plus en plus fragiles. Et ce, dans sa version soviétique (je vous invite à regarder l’évolution de la surface de la mer d’Aral), comme dans sa version capitaliste. Mais que nous dit Emmanuel Macron dans un paragraphe sur la fiscalité ?

« l’impôt, lorsqu’il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises, créant ainsi de l’emploi et de la croissance. »

Ça y est, le terme est lâché ! Il faut « repenser notre modèle de développement », et, EN MÊME TEMPS, continuer à croître. En psychologie, on appelle ça une injonction contradictoire.  En politique, ça s’appelle la double-pensée : « La décroissance*, c’est la croissance ! » Répétez ça mille fois, et vous aurez une vérité.

La recette de l’ex-banquier est toujours la même : l’investissement productif. Qu’importe si les fonds sont alloués par les entreprises à la fameuse « transition écologique », à la prospection pétrolifère ou à la production de glyphosate, l’argent va « ruisseler » vers les Français, qu’ils soient travailleurs pauvres ou chômeurs. Avec un peu de chance, on aura même de la « croissance verte ». Et, au pire, on verdira ce raisonnement économique ex post, au moyen d’un argumentaire écolo… (cf. la taxe carbone ou les 80 km/h, avancée par Jupiter comme « une des mesures les plus écologiques du gouvernement ».)

Moralité : le Président nous offre un débat sur tout un tas de questions, à l’exception de la croissance économique, sur laquelle il n’y a pas débat. La planète n’a qu’à bien se tenir…

* La décroissance des émissions de CO2, de la production de plastiques, de pesticides… au choix. 

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Cette entrée a été publiée le 14 janvier 2019 par dans Humeur, et est taguée , .

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