La Compagnie Affable

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Hommage au maître, Jean-Laurent Cochet

Jean-Laurent Cochet

Jean-Laurent Cochet n’aimait pas l’air du temps. Et je suis tombé d’accord avec lui une dernière fois ce matin, en lisant la dépêche qui annonçait ainsi son décès : « Jean-Laurent Cochet, coach des légendes du cinéma français, succombe du Covid-19 ». Grammaire approximative, nom de maladie grotesque, et, cerise sur le gâteau, pas une mention n’est faite au théâtre, c’est-à-dire à l’œuvre de sa vie. Pourtant, le titre émane du Figaro… Mais il y a pire insulte encore pour le chantre du « texte debout ». Elle est contenue dans ce petit anglicisme, devenu l’apanage des charlatans de tout poil : coach

Car Jean-Laurent Cochet était un maître. Un maître qui a voué son existence à l’art dramatique, élevant cette pratique charnelle et spirituelle au rang de sacerdoce. Un « serviteur de Molière », dans la droite lignée de Jouvet. Un monstre de travail et d’exigence, à l’image du Fletcher de Whiplash. Rendez-vous compte : de 1983 à 1985, il a monté pas moins de 30 spectacles au Théâtre Hébertot ! Renard, Romains, Obey, Montherlant, Marivaux, Tchekhov, Musset, Labiche, Becque… ainsi qu’un Misanthrope en-cent-minutes-chrono, à la manière du Grand Siècle ! Tant et si bien que la presse parlait alors d’une « Comédie Française bis » !

Le travail, avant tout. Et la « piété de l’ouvrage bien faite », comme l’écrit Péguy, dans ce texte si souvent donné au cours Cochet. Au prix de la fatigue. En dépit du printemps. Malgré les saisons. « Dans dix ans, peut-être, tu seras prêt pour ce rôle… », nous disait-il, après de laborieuses tentatives. Voilà l’éthique apprise auprès du maître, par des générations d’apprentis. Non, il n’a pas chômé, le gardien du temple ! Grâce à lui, nous sommes des centaines à avoir découvert un autre temps, celui des cathédrales et du compagnonnage. Grâce à lui, nous sommes entrés dans un univers aussi vivant qu’inactuel, où l’on respire à fond l’air des hauteurs, et où la tradition ne vaut que parce qu’elle est une transmission.

Merci, maître !

 

 

Un commentaire sur “Hommage au maître, Jean-Laurent Cochet

  1. Un ancien du cours qui aimait sans déférence.
    28 mai 2020

    Voyez si c’est bête! Alors qu’à gauche,dans libération,on titre bien « Mort de Jean-Laurent Cochet, »maître » des grands comédiens français »…Mais les choses sont toujours moins caricaturales qu’on ne le pense…

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Cette entrée a été publiée le 7 avril 2020 par dans Théâtre, et est taguée , .
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