La Compagnie Affable

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Christian face au Cadavre dans Genousie de René de Obaldia

René de Obaldia académicienMonologue surréaliste intervenant au début du second Acte de Genousie, la première pièce de René de Obaldia, poète, romancier, dramaturge d’une grande imagination, et «Immortel» depuis 1999 (photo ci-contre). Genousie a été créée en 1960 par Roger Mollien au TNP Récamier (dirigé par Jean Vilar), voici quelques mots sur l’intrigue : le poète Christian Garcia (Roger Mollien) est introduit dans un salon mondain où il a un coup de foudre réciproque pour Irène, la femme du dramaturge Philippe Hassengor (Jean Rochefort), née dans le pays lointain de Genousie. Cette femme a une langue et des mœurs pour le moins étranges, puisqu’elle fait envoyer un revolver dans le salon pour que son tout nouvel amant et son mari (qui porte un chapeau haut-de-forme) s’arrangent sur-le-champ. Christian tue l’époux et se retrouve seul face au cadavre…

CHRISTIAN, LE CADAVRE

CHRISTIAN. Il aurait bien pu emporter le cadavre… Il est encore plus grand mort que vivant, il prend corps !… (Empruntant la voix d’Hassengor.) Irène est mon air et ma nourriture… Sans elle je… je, je ne suis pas soûl… non, ce n’est pas possible, je… (Il fait le salut militaire au mort, le demi-tour à droite réglementaire, marche, très rigide jusqu’au fond du salon, exécute un autre demi-tour, se retrouve auprès du cadavre. Une fois de plus, il l’examine attentivement, lève le bras gauche d’Hassingor qui retombe, avec un bruit sec, sur le plancher. Se penchant alors sur l’oreille du mort et prenant le ton d’Irène.) Kourégar adhénor pulluk ?… Siskévar brécidor… (Câlin.) Promiate émibe… promiate émibe… (Il saisit le chapeau de forme, et imitant Hassingor.) « Parce que vous appelez ça un chapeau de forme ! » – « Oui, j’appelle ça un chapeau de forme ! » – « Vous êtes très jeune ! » – « N’est-ce pas ?… Mais vous, par contre, vous n’avez plus d’âge !… Vous entrez dans l’éternité avec votre chapeau de forme à la porte. » – Parce que vous appelez ça… » – « Oh ! Je peux très bien l’appeler vase de Soissons – mouton noir, cheminée pour enfants malgaches, locomotive, trois heures de retenue, tunnel sous la Manche, l’obscénité polaire, concombre, cornichon, salade de ténèbres, Nocturne de Chopin, girafe de mon cœur, sauf-conduit, taxi du Niger, moissonneuse-lieuse, comme un vol de gerfauts hors du charnier natal… Mais pourquoi pas chapeau de forme ?… (Reprenant le ton d’Hassingor.) – « La forme, jeune homme, et nous en revenons à qui vous savez, n’est pas autre chose que le fond remonté à la surface, l’épiderme du derme… Ce qui devrait nous préoccuper davantage et nous instruire, c’est le « double-fond », le lieu où la forme elle-même se complaît dans l’informulé, les enfers qui n’ont pas encore été visités… A partir de là, du double fond, nous avons quelque chance d’atteindre enfin le triple fond… Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit… » (Retournant le chapeau de forme et l’élevant comme s’il s’agissait d’un verre et qu’il portait un toast.) Blidgi pouthe !… (Il porte le chapeau de forme à ses lèvres et fait mine d’y boire. S’essuyant les lèvres.) Blidgi pouthe !… Blidgi pouthe !… Monsieur Hassingor, vous, vous aimez le vol à voile ?… (Un long silence, comme s’il attendait réellement sa réponse.) Non seulement il prend corps, mais il prend aussi de la distance… Monsieur me bat froid… Monsieur ne daigne plus discuter avec moi. Voyons, faites encore un effort, un effort posthume… (L’imitant de nouveau, et se coiffant du chapeau de forme.) « Borniol ?… Un esprit remarquable. Un mélange singulier à la fois de café et de chocolat… un sens de l’incarnation, de la plénitude en creux… Ma femme le connaît très bien !… Ah oui ? Votre femme s’intéresse… Lorsqu’il est venu en Genousie, c’est elle qui l’a reçu… avec la fanfare !… Il y avait des petites filles en blanc, des grandes personnes en noir et des gendarmes en sang… (Long silence.) … petites filles en blanc, grandes personnes en noir… gendarmes en sang…

Genousie, René de Obaldia, Le livre de Poche, pp 62-63. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien : 

Genousie – René de Obaldia

Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

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Cette entrée a été publiée le 1 avril 2015 par dans Audition / Casting, Théâtre, et est taguée , , , , , , , , , , .
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