La Compagnie Affable

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Zippo contre les Robots : Chronique d’un album néo-luddiste (13)

13ème et dernier épisode de notre chronique-feuilleton de l’album Zippo contre les Robots (lire le 12ème épisode) !

  1. Étincelle

Ultime tentative pour rallumer le feu sacré ! Il est grand temps de sonner la révolte face aux Siliconiens qui creusent la tombe du genre humain !

« Ils attendent plus l’été pour faire la java
Ils sont rentrés dans l’éternelle saison des fraises tagada »

Si les Anciens respectaient le rythme des saisons, c’est qu’ils acceptaient leurs limites physiques. Et ce sens de la mesure est illustré par les mythes antiques, où le Ciel réserve toujours un châtiment aux hommes coupables d’hubris (1). Exemple : à trop s’approcher du Soleil, Icare fit une chute mortelle (cf. les deux petites jambes qui s’agitent désespérément sur le tableau ci-dessous)… 

Pieter Brueghel La Chute d'Icare tableau

La Chute d’Icare, Pieter Brueghel l’Ancien (c. 1558).

Or, cette leçon devrait nous inspirer. Car les effets de la punition collective infligée par Ouranos (2) et Gaïa (3) commencent à se faire sentir… D’après les dernières études biologiques, les populations animales, qu’il s’agisse de vertébrés ou d’invertébrés, d’espèces déjà menacées ou d’espèces communes, diminuent à un rythme effrayant, et ce, en surface, sous terre, et sous l’eau, dans tous les coins du globe ! Si vous croyez que l’Europe est épargnée, sachez qu’ « en trente ans, près de 80% des insectes y auraient disparu » (4). Or, c’est doublement embêtant, car ces petites bêtes fertilisent les sols et aident la flore à se reproduire. Voire triplement embêtant, puisque les plantes nourrissent les hommes et absorbent le CO2, dont les émissions ne cessent d’augmenter (cf. la dernière étude du Giec)…  Enfin, vous l’avez compris, ça nous retombe déjà sur la gueule !

« Frère humains qui avec moi vivez
La flamme est mince, allons la raviver »

Voilà pourquoi Zippo reprend « La Ballade des pendus » de François Villon : à l’instar du poète, il éprouve un sentiment de mort imminente (5). Sauf qu’il ne s’agit pas ici du sort de cinq ou six gibiers de potence… Non. Les futurs cadavres que le Bûcheron aperçoit avec horreur sont ceux de toute l’humanité. Nous sommes tous menacés. Et le problème est précisément que nous voyons pas plus loin que le bout de notre nez, à force d’utiliser des « engins pour [nous] distraire »… Comme le dit Olivier Rey : « Notre rapport au monde est tellement médiatisé par toutes sortes de dispositifs, que nous ne mesurons plus notre dépendance à l’égard de la nature ni la précarité grandissante de notre condition. Et plus le degré de richesse augmente, plus se renforce l’impression de disponibilité infinie des choses. » (6)

Pawel Kuczynski Blinkers

Dessin de Pawel Kuczynski

Pourtant, depuis le temps que la mondialisation a commencé, nous devrions commencer à comprendre cet effet boomerang… ! Maintenant que les informations font le tour du monde en quelques secondes, maintenant que les nouvelles technologies ont réduit l’espace-temps, maintenant que les échanges ont interconnecté des économies de plus en plus éloignées, nous devrions avoir le sentiment de vivre dans un « village planétaire »… Mais non. Nous continuons de vivre au-dessus de nos moyens, en prenant soin d’envoyer nos ordures dans les poubelles à ciel ouvert des pays « sous-développés ». Et ceux-là, bien contents d’attraper enfin quelques points de croissance, ne se gênent pas pour imiter notre Révolution Industrielle : ils épuisent en quelques décennies leurs ressources naturelles, déboisent à gogo, jettent leurs déchets n’importe où, et crachent leurs fumées nauséabondes dans l’atmosphère… Bref, le techno-capitalisme nous a transformés en véritables ivrognes, et nous vomissons nos abus de consommation sur le paillasson du voisin, sans nous apercevoir que nous vivons tous sur le même pallier…

« Nous sommes à la fois toi et moi, nous sommes eux
Nous sommes l’alpha et l’oméga, nous sommes Dieu »

Devant ce triste constat, on peut adopter deux attitudes : 1/ chanter « c’est pas ma faute à moi ! », et rejeter toute la culpabilité sur les industriels et nos Rois Fainéants. 2/ accepter que nous sommes collectivement responsables de la marche du monde, et passer immédiatement à l’action. Car il n’est pas trop tard ! Chacun peut avoir un impact énorme en opérant quelques changements dans son quotidien (j’en rappelle quelques-uns à toutes fins utiles : marcher, prendre le vélo ou les transports en commun plutôt que la voiture ; faire du télé-travail si c’est possible ; prendre le train plutôt que l’avion ; acheter en vrac ; privilégier les produits locaux et de saison ; boycotter les produits exotiques, les produits transformés, les produits suremballés ; manger moins de viande ; y aller molo sur le chauffage et la clim ; passer moins de temps sur l’ordinateur et le portable ; supprimer tous ses emails inutiles et toutes les données superflues stockées en ligne, car les data centers sont très gourmands en énergie, et, du coup, éviter de charger n’importe quoi sur les réseaux…etc.) ! Bref, ne laissons pas quelques individus décider de notre destin ! Profitons de l’élan collectif naissant (cf. vidéo ci-dessous) pour éviter ensemble le désastre, pour démontrer qu’une poignée de « fous » cupides ne peut effacer  la Création d’un revers de manche, et ne pèse rien face à « cent milliards d’homo sapiens » !

→ Relire l’Épisode 1

(1) « démesure, excès, orgueil », en grec ancien. (2) Dieu du Ciel, chez les Grecs. (3) La Terre-Mère. (4) Le Monde du 18/10/17 (article). (5) « La Ballade des pendus » est le poème le plus célèbre de François Villon (1431-1463?). Emprisonné pour vol, celui-ci croit qu’il sera pendu au petit matin, avec ses camarades de geôle. Il imagine déjà leurs cadavres « desséchés » au bout d’une corde, et, plein de repentir, compose une prière dans laquelle les cadavres, honteux, se mettent à chanter pour obtenir la pitié des générations futures et la pardon de Dieu : « Frère humains qui après nous vivez […] / Voyez-nous ici attachés cinq, six / […] De notre mal personne ne s’en rie : / Mais priez Dieu que tous veuille nous absoudre ! ». C’est une belle leçon d’humilité. (6) Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme, Desclée de Brouwer, 2018, p. 171-172. Paroles extraites de la chanson « Étincelle ». ZippoZippo contre les robots, Strange Fruit, 2018. Vous pouvez acheter l’album sur ce lien (site officiel de Zippo). Pour suivre les aventures de l’homme-briquet sur Facebook, c’est par ici.

 

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Cette entrée a été publiée le 10 octobre 2018 par dans Philosophie / Société, Rap, et est taguée , , , , , , .
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