La Compagnie Affable

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Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud : «La religion est un transport collectif que je ne prends pas»

Kamel Daoud

Dans Meursault, contre-enquête, L’Étranger anonyme de Camus retrouve enfin un nom et une histoire, à travers le récit de son frère, Haroun. Soixante-dix ans après les faits, le vieillard revient sur la mort absurde de Moussa, qu’il appelle aussi Zoudj (deux en arabe), comme un double-fantôme (voir Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud : monologue d’Haroun). Au passage, cette quête de vérité n’empêche pas l’Algérien d’étriller l’ordre religieux qui succède à la décolonisation…

HAROUN. — […] Hier, j’ai très mal dormi.
Mon voisin est un homme invisible qui, chaque week-end, se met en tête de réciter le Coran à tue-tête durant toute la nuit. Personne n’ose lui dire d’arrêter car c’est Dieu qu’il fait hurler. Moi non plus je n’ose pas, je suis suffisamment marginal dans cette cité. Il a une voix nasillarde, plaintive, obséquieuse. On dirait qu’il joue tour à tour le rôle de tortionnaire et de celui de victime. J’ai toujours cette impression quand j’écoute réciter le Coran. J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un livre mais d’une dispute entre un ciel et une créature ! La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J’aime aller vers ce Dieu, à pied s’il le faut, mais pas en voyage organisé. Je déteste les vendredis depuis l’Indépendance, je crois. Est-ce que je suis croyant ? J’ai réglé la question du ciel par une évidence : parmi tous ceux qui bavardent sur ma condition — cohortes d’anges, de dieux, de diables ou de livres —, j’ai su, très jeune, que j’étais le seul à connaître la douleur, l’obligation de la mort, du travail et de la maladie. Je suis le seul à payer des factures d’électricité et à être mangé par les vers à la fin. Donc, ouste ! Du coup, je déteste les religions et la soumission. A-t-on idée de courir après un père qui n’a jamais posé son pied sur terre et qui n’a jamais eu à connaître la faim ou l’effort de gagner sa vie ? […]

Extrait de Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, Actes Sud, p.75-76. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez acheter le livre en ligne et le récupérer dans la librairie la plus proche via ce lien Place des Libraires : Meursault, contre-enquêteKamel Daoud

→ Voir aussi notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir)

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Cette entrée a été publiée le 15 novembre 2019 par dans Littérature, Monologue, et est taguée , , , , , .
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