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Il Divo de Paolo Sorrentino : la confession d’Andreotti

Il Divo Paolo Sorrentino Toni Servillo

Toni Servillo (Giulio Andreotti) dans Il Divo de Paolo Sorrentino.

L’extraordinaire longévité politique de Giulio Andreotti n’a rien d’un miracle. Il ne fut pas six fois Président du Conseil sans vilains coups férir. À la veille de son procès, il expose sa conception cynique du pouvoir dans une confession d’abord destinée à sa femme, et qui s’adresse ensuite à la foule manichéenne des pauvres mortels… (La traduction en français suit le texte en italien.)

Version originale

ANDREOTTI. — Livia, sono gli occhi tuoi pieni che mi hanno folgorato un pomeriggio andato al cimitero del Verano. Si passeggiava, io scelsi quel luogo singolare per chiederti in sposa – ti ricordi? Sì, lo so, ti ricordi. Gli occhi tuoi pieni e puliti e incantati non sapevano, non sanno e non sapranno, non hanno idea. Non hanno idea delle malefatte che il potere deve commettere per assicurare il benessere e lo sviluppo del Paese. Per troppi anni il potere sono stato io. La mostruosa, inconfessabile contraddizione: perpetuare il male per garantire il bene. La contraddizione mostruosa che fa di me un uomo cinico e indecifrabile anche per te, gli occhi tuoi pieni e puliti e incantati non sanno la responsabilità. La responsabilità diretta o indiretta per tutte le stragi avvenute in Italia dal 1969 al 1984, e che hanno avuto per la precisione 236 morti e 817 feriti. A tutti i familiari delle vittime io dico: sì, confesso. Confesso: è stata anche per mia colpa, per mia colpa, per mia grandissima colpa. Questo dico anche se non serve. Lo stragismo per destabilizzare il Paese, provocare terrore, per isolare le parti politiche estreme e rafforzare i partiti di Centro come la Democrazia Cristiana l’hanno definita “Strategia della Tensione” – sarebbe più corretto dire “Strategia della Sopravvivenza”. Roberto, Michele, Giorgio, Carlo Alberto, Giovanni, Mino, il caro Aldo, per vocazione o per necessità ma tutti irriducibili amanti della verità. Tutte bombe pronte ad esplodere che sono state disinnescate col silenzio finale. Tutti a pensare che la verità sia una cosa giusta, e invece è la fine del mondo, e noi non possiamo consentire la fine del mondo in nome di una cosa giusta. Abbiamo un mandato, noi. Un mandato divino. Bisogna amare così tanto Dio per capire quanto sia necessario il male per avere il bene. Questo Dio lo sa, e lo so anch’io.

Version française

ANDREOTTI. — Livia, ce sont tes yeux, pleins, qui m’ont foudroyé, un après-midi, au cimetière du Verano. J’avais choisi ce lieu singulier pour te demander en mariage. Tu te souviens ? Oui, je sais que tu t’en souviens. Tes yeux pleins, sans ombre, enchantés, ne savaient pas, ne savent pas et ne sauront jamais. Ils n’ont aucune idée des méfaits que le pouvoir doit commettre pour assurer le bien-être et le développement du pays. Pendant trop d’années, le pouvoir, c’était moi. La monstrueuse, l’inavouable contradiction : perpétrer le mal, pour garantir le bien. La contradiction monstrueuse qui fait de moi un homme cynique et indéchiffrable, même pour toi. Tes yeux pleins, sans taches, enchantés, ignorent la responsabilité. La responsabilité directe ou indirecte pour tous les attentats survenus en Italie de 1969 à 1984, et qui ont fait, pour être précis, 236 morts et 817 blessés. Aux familles des victimes, je le dis, oui, je l’avoue, j’avoue : tout cela est aussi de ma faute, c’est ma faute, ma très grande faute. Je le dis, même si ça ne sert à rien. Le chaos était organisé pour déstabiliser le pays, provoquer la terreur, isoler les tendances politiques extrêmes, et renforcer enfin les partis du centre, comme Démocratie Chrétienne. C’est ce qu’ils ont appelé « la stratégie de la tension », mais il serait plus correct de dire « la stratégie de la survie » ! Roberto, Giorgio, Michele, Carlo Alberto, et ce cher Aldo, par vocation ou par nécessité, ont été d’irréductibles amants de la vérité. Des bombes prêtes à exploser, et qui ont été désamorcées par le silence final. Ils croyaient tous que la vérité était une chose juste, alors qu’elle est la fin du monde ! Et nous ne pouvons accepter la fin du monde au nom de ce qui est juste ! Nous avons un mandat, nous ! Un mandat divin ! Il faut aimer Dieu vraiment pour comprendre combien le mal est nécessaire pour avoir le bien. Tout cela, Dieu le sait. Et je le sais, moi aussi.

Monologue pour un homme mûr extrait d’Il Divo de Paolo Sorrentino. En ce moment, vous pouvez regarder le film sur Mubi (7 jours d’essai gratuit) en cliquant sur ce lien.

→ Voir aussi notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir)

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Cette entrée a été publiée le 11 décembre 2019 par dans Cinéma / Séries, Monologue, Monologues, Théâtre, et est taguée , , , , , , , , , , .
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