La Compagnie Affable

La Compagnie Affable partage les grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

Le monologue d’Irma Lambert dans La Folle de Chaillot

La Folle de Chaillot film Katharine Hepburn

Voici un monologue contemporain/classique pour une femme. Extrait de la fin de l’Acte I de La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux :

IRMA. Je m’appelle Irma Lambert. Je déteste ce qui est laid, j’adore ce qui est beau. Je suis de Fursac, dans la Creuse. Je déteste les méchants, j’adore la bonté. Mon père était maréchal ferrant, au croisement des routes. Je déteste Boussac, j’adore Bourganeuf. Il disait que ma tête est plus dure que son enclume. Souvent je rêve qu’il tape sur elle. Des étincelles en partent. Mais si j’avais été moins têtue, je n’aurais pas quitté la maison et eu cette vie merveilleuse. A Guéret d’abord, où j’allumais les feux au lycée de filles. Je déteste le soir, j’adore le matin. Puis à Dun-sur-Auron, où je faufilais les chemises à l’ouvroir pour les sœurs. Je déteste le diable, j’adore Dieu. Puis ici, où je suis plongeuse et où j’ai l’après-midi du jeudi libre. J’adore la liberté, je déteste l’esclavage. Etre plongeuse à Paris, cela n’a l’air de rien. Le mot séduit. Il est beau. Et cela semble tout. Mais qui a plus de relations qu’une plongeuse, à l’office, à la terrasse, sans compter que parfois je double le vestiaire, et moi je n’aime pas beaucoup les femmes, j’adore les hommes. Eux n’en savent rien. Jamais je n’ai dit à l’un d’eux que je l’aimais. Je ne le dirai qu’à celui que j’aimerai vraiment. Beaucoup m’en veulent de ce silence; ils me mettent la main sur la taille, ils croient que je ne le vois pas; ils me pincent, ils croient que je ne le sens pas. Ils m’embrassent dans les couloirs, ils croient que je ne le sais pas. Ils m’invitent, le jeudi, ils m’emmènent chez eux. Ils me font boire. Je déteste le whisky, j’adore l’anisette. Ils me retiennent, ils s’étendent. Tout ce qu’ils veulent. Mais ma bouche est serrée. Mais que ma bouche leur dise que je les aime, plutôt me tuer. Ils le comprennent. Pas un qui ne me salue ensuite quand il me rencontre. Les hommes détestent la lâcheté, ils adorent la dignité. Ils sont vexés, tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à ne pas s’approcher d’une vraie fille, et que penserait celui que j’attends s’il savait que j’ai dit je t’aime à ceux qui m’ont tenue avant lui dans leurs bras. Mon Dieu, que j’ai eu raison de m’obstiner à être plongeuse ! Car il viendra, il n’est plus loin. Il ressemble à ce jeune homme sauvé des eaux. A le voir en tout cas le mot gonfle déjà ma bouche, ce mot que je lui répéterai sans arrêt jusqu’à la vieillesse, sans arrêt, qu’il me caresse ou qu’il me batte, qu’il me soigne ou qu’il me tue. Il choisira. J’adore la vie. J’adore la mort.

UNE VOIX. La plongeuse !

IRMA, sortant la tête de son rêve. La voilà !

La Folle de Chaillot, Jean Giraudoux. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien :

La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux

Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

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