La Compagnie Affable

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Jean-Pierre Marielle donne une leçon de vente !

Jean-Pierre Marielle Jacques Dutronc Gérard Lanvin L'Entourloupe film Gérard Pirès

Dans le film L’Entourloupe, Jean-Pierre Marielle interprète un escroc qui refourgue des encyclopédies médicales aux paysans poitevins. Ici, le maître-VRP explique sa technique à deux apprentis (joués par Jacques Dutronc et Gérard Lanvin), devant deux autres commis véreux. Une scène haute en couleur, dont les dialogues sont signés Michel Audiard ! (Castelard interagit avec quatre personnages masculins, mais vous pouvez facilement transformer le passage en monologue, en jouant avec le public. L’extrait vidéo suit le texte.)

CASTELARD. — Et bien messieurs, j’aimerais mettre à profit ce breakfast pour expliquer certaines petites choses à nos nouveaux amis, aussi expérimentés soient-ils. Je vais pas vous fair gun exposé, hein. Non, je veux simplement vous faire partager quelques unes de mes idées, comme ça, au fur et à mesure qu’elles me viennent. (Il se lève avec une encyclopédie médicale à la main.) Voyez-vous, ce livre, indépendamment de son contenu, est déjà un objet d’art en soi. Imprimé sur velin de Lana, voyez. Illustré en couleurs. (Il montre une page sur laquelle est collée une photo de femme en sous-vêtements.) La beauté de ses planches ne vous échappera pas… Oui, oui, mais commencez toujours par montrer les planches anatomiques, bah eh tiens ! Et manipulez le livre avec délicatesse, voyez-vous. Ce livre est un objet digne de respect ! N’oublions pas que nous avons affaire à des gens qui ne sont pas des lumières. Allez, commençons par une entrée en matière ! M. Germain, comment amorceriez-vous ?

GERMAIN. — Et bien, je… Je parlerais de la pluie, du beau temps…

CASTELARD. — Oui, c’est bien, ça ! Et oui ! Et aussitôt après vous lancer quelque chose comme : « du moment qu’on a la santé ! » Oui, non mais attention. Procédez par évidence, hein ? Après la santé, qu’avons-nous de plus précieux, hein, je vous le demande ? Tiens, M. Roquois…

ROLAND. — Oui ?

CASTELARD. — Bah, je vous le demande. Après la santé, qu’avons-nous de plus précieux ?

ROLAND. — Les sous.

CASTELARD. — Parfait. Bah voilà : les sous ! Bah oui les sous ! Eh eh eh ! Or les maladies coûtent cher… Très cher ! Et les médecins nous font payer si cher leur science du diagnostic… Et que savent-ils d’autre que ce qui est inscrit ici dans ce volume ? Mais rien… Mais rien du tout. Alors, vous me direz, pourquoi faire payer quarante ou cinquante francs, une visite inutile ? Quand, pour deux francs, deux petits francs par jour, pendant six mois, l’ami de la famille s’installera chez vous, pour vous servir pendant des années ? Et puis après vos beaux-enfants, et puis après vos enfants, vos petits-enfants, et puis… hein ? Alors, à ce moment, qui est crucial, vous sortez le carnet de commande (Il joint le geste à la parole.). Que dis-je, vous sortez… Il doit littéralement glisser hors de vos mains. Un zéphyr. Une discrétion… Alors, les yeux dans les yeux du client, le visage chaleureux, en parlant de choses et d’autres, vous allez demander son nom et son prénom à la victime, et elle va signer. Et alors là, (il sort un étui à cigarettes.) vous offrez une cigarette. Ah, c’est le moment ! Et au cas où votre interlocuteur serait une interlocutrice, hein, intéressez-vous aux enfants. Jamais à la maman, surtout, par extraordinaire, si elle est jeune et jolie. Hein, M. Ancel… Oui oui, oui oui, oui oui… Et, petit à petit, vous arriverez à donner des consultations. Hein, tiens, comment va le bébé ? Toujours de la fièvre ? Ah ah… Alors voilà, (il cherche dans le livre.) bébé fiévreux, bébé fiévreux… page 527… chapitre 2… voilà… enveloppement froid. Bah c’est pas cher ça ! Enveloppement froid… ah, des mollets ! Ah, alors voilà un exemple de la nécessité de lire soigneusement jusqu’au bout, sinon il est probable que ça ferait crever le bébé ! Quand je parlais tout à l’heure de consultations, hein, je faisais allusion à des consultations bénévoles. Sinon c’est de l’exercice illégal de la médecine, M. Bensimon… 

BENSIMON. — Je tombe toujours sur des fauchés, moi… Deux francs pour eux, c’est le prix d’une assiette de nouilles…

CASTELARD. — Alors, c’est que vous n’êtes pas un vrai vendeur. Le plaisir d’un vrai vendeur, c’est de vendre à des gens qui n’ont absolument pas besoin de ce qu’on leur propose, ou qui n’ont pas de quoi se le payer. Quand ces deux cas sont réunis, alors c’est là que le sport commence !

Extrait du film L’Entourloupe de Gérard Pirès (1980). 

→ Voir aussi notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition, pour le travail ou pour le plaisir)

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